Consultation de texte

  • L'illusion de la force physique,

    Dans un petit village isolé vivait un jeune expert de kempo, art martial chinois. Sa technique excellente lui avait permis de remporter de nombreuses victoires et développé une grande notoriété ; mais tous ces succès l’avaient rendu très orgueilleux et imbu de lui-même. Bien que son prestige s’étendit à plusieurs kilomètres à la ronde, les gens préféraient l’éviter. Il inspirait aux paysans et à tous les responsables du village qui l’approchaient, une véritable crainte frôlant presque la superstition. De carrure robuste, brutal dans ses gestes comme dans ses paroles, personne n’osait l’approcher et tous accédaient à ses moindres désirs. Les années passaient sans aucun changement…….

    Un matin arriva sur son âne un petit vieillard à la barbe blanche. Ce village de montagnard avec ses maisons ramassées et ses ruelles étroites lui plaisant, il décida de s’y établir. Il travaillait fort habilement le métal et vendait des ustensiles de ménage et fut accepté par la population.
    Ayant appris la venue de ce nouvel arrivant, le vindicatif expert en Kempo décida de « se faire la main sur ce petit malingre ». C’est ainsi qu’un jour, par défi, il lui barra le passage afin de le bousculer brutalement et en même temps montrer sa supériorité. Mais l’autre ne bougea pas, lui faisant hardiment face à la grande surprise des villageois accourus pour voir le spectacle. Ils découvrirent un petit homme qui esquivait les attaques puis profitant d’une ouverture passa tranquillement sans la moindre goutte de sueur, laissant derrière lui le soi-disant maître haletant.

    Le jeune fougueux ne s’en tint pas là. Quelques jours plus tard, en pleine rue, furieux d’avoir été ridiculisé, il  se jeta sur lui pour le rouer de coups. Le vieillard para adroitement les frappes sans les bloquer, conscient qu’il n’en n’aurait pas eu la force. A un moment donné, lors de l’affrontement, il toucha son adversaire dans le bas-ventre mais celui-ci ne ressentit aucun effet et sourit même montrant que les coups d’un petit vieillard n’avaient pas de prise sur lui. Cependant fatigué à force d’essayer de toucher en vain ce petit être malingre, il s’arrêta et le laissa passer, persuadé que la prochaine fois, ce dernier ferait le détour pour l’éviter.
    Plusieurs jours passèrent, laissant le village dans le calme. Le vieillard continuait à arpenter les rues pour aller travailler ; le soir, il revenait pour regagner sa maison sans rencontrer celui qui l’avait admonesté. Les jours s’écoulaient et on ne voyait toujours pas le jeune vindicatif. Intrigués, quelques villageois se rendirent à sa demeure pour prendre de ses nouvelles. Ils trouvèrent ainsi une personne affaiblie, qui avait perdu l’appétit et dont la digestion devenait de plus en plus difficile ; des douleurs à la tête l'avaient contraint à s’aliter. Des médecins venus à son chevet, ne trouvant pas la cause de son malaise s’avouèrent vaincus. C’est alors que le jeune expert se prit à réfléchir et à se remémorer les détails de sa dernière rencontre avec le petit vieillard. Il se rappela qu’il avait reçu un coup au bas-ventre auquel il n’avait prêté aucune attention, mais que c’était depuis ce moment que sa santé s’était altérée. Comment cela pouvait-il être ? Force lui fut de reconnaître que le petit vieillard lui avait donné une leçon, à lui qui pensait que la force était primordiale et qu’elle seule donnait le pouvoir ! Au contraire, cela l’avait rendu stupide, arrogant et méprisant à l’égard des autres ; dans sa pratique il avait axé son travail sur la puissance « extérieure » en négligeant totalement la force « intérieure » et par là-même développé son ego au lieu de rester humble et d’apporter son aide aux autres. Il demanda alors, faute de pouvoir bouger d’aller chercher le petit vieillard ; lorsque celui-ci arriva, il chercha à sortir de son lit, mais en vain ; levant difficilement une main il lui fit signe d’approcher et devant les personnes présentes demanda pardon au vieillard, le suppliant de l'aider. Celui-ci constatant la sincérité de la repentance accepta de le soigner. Par la suite le jeune expert de kempo devint son élève, veillant sur lui jusqu’à son dernier instant;il continua tout au long de sa vie à enseigner l’humilité et à être au service des gens de son petit village.



Pensée du mois